08/04/2011

Arlequin comme l'époque

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"Volem viure i trabajar -poc- al païs". Cette amusante potacherie était, dans les années 70, l'une des plaisanteries favorites du jeune Paul Goze. En compagnie de quelques complices frais émoulus du lycée Arago et de l'équipe première de l'USAP, il raillait les cheveux longs et la mode retour à la terre depuis l'observatoire privilégié de la terrasse du café de la Loge.

A cette époque, lorsque l'USAP jouait "au nord", les joueurs se motivaient en parlant catalan dès qu'ils passaient le château de Salses alors qu'ils s'étaient entraînés toute la semaine en parlant français entre eux. L'Espagne était une frontière presque lointaine, perdue dans l'obscurité franquiste, d'où émergeaient des bus entiers d'hommes, faisant la fortune des cinémas perpignanais pour admirer le "Emmanuelle".

Pas loin de quarante ans plus tard, Paul Goze est l'homme qui a emmené l'USAP à Barcelone pour une énorme célébration catalano-usapiste sous le haut parrainage du  FC Barcelone qui est, comme chacun sait, "mes que un club" et selon l'écrivain Manuel Vasquez Montalban "l'armée symbolique d'un état sans nation". La cérémonie se déroulera au stade Lluís Companys, du nom de ce président historique de la Generalitat de Catalogne, fusillé à Montjuïc par les troupes de Franco. Les étandarts "sang et or" des 32.000 supporters nord-catalans y auront une force symbolique qu'il ne faudrait surtout pas négliger. Bien plus importante qu'on ne l'imagine à Perpignan.

C'est le grand paradoxe des identités : elles sont censées évoquer l'immuable, la passassion des valeurs communes mais elles ne se vivent pas de la même manière selon les époques et même les endroits.  Dans des contextes totalement différents, FC Barcelone et USAP ont joué le même rôle. Celui de conserver la mémoire d'une identité. Mais pour qu'ils se retrouvent Catalans du nord et du sud ont dû attendre d'avoir justement un contexte un commun.

A travers le sport-spectacle, la théâtralisation de la fête populaire et l'exposition médiatique, autant de façon de vivre dans cette Europe post-moderne dont Barcelone est la capitale, ils peuvent désormais trouver un terrain d'entente. Les symboles y ont leur importance, on l'a dit, mais aussi le business. L'USAP vient chercher des "relais de croissance" à Barcelone mais n'arrive pas les mains vides. 32.000 supporters d'un coup dans la capitale mondiale du tourisme urbain, ce n'est pas rien.

Voilà donc deux clubs "français" qui s'affrontent en "Espagne" pour une compétition qui porte le nom d'une marque de bière hollandaise gérée par une compagnie privée basée en Irlande. Le match sera retransmis dans une vingtaine de pays et même sur France Télévision. Et tout cela grâce à la Catalanité. Pas étonnant que le maillot arlequin soit de mise dans cette époque formidable.

Commentaires

Désormais plus rien ne sera comme avant, car demain à Barcelone, 55000 personnes assisteront à un match de rugby dont l'importance dépassera largement le monde restreint de l'ovalie!!Demain le match USAP - RCToulon sera retransmis dans une vingtaine de pays et même sur France Télévision!!! Ce sera la victoire de la catalanité, même si le maillot Arlequin est le symbôle de la commedia del arte. Nous vivons une époque formidable où les frontières s'effacent,où le folklore et le sport auront été les premiers liants d'une future grande Euro-région Catalane. Bravo Pierre Mathis votre "étude"est remarquable de clairvoyance!...

Écrit par : RogeR | 08/04/2011

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